Le long du sentier équestre qui borde le parc, la marche tient d’un seuil. D’un côté un paysage réglé par le mouvement des chevaux, tantôt animé, tantôt silencieux. De l’autre, le boisé et les lots résidentiels accrochés à la pente
Steeplechase s’implante sur un terrain adjacent au parc, séparé par le chemin équestre. La déclivité offre une relation directe au paysage en contrebas, comme un balcon naturel. En contrechamp, le parc conserve le caractère particulier des sites pensés “grand” — lac, zones d’entraînement, parcours et sauts — héritage d’un aménagement structurant pour les Jeux olympiques de 1976, toujours actif aujourd’hui.
Sur la parcelle, le récit est plus discret. Le boisé est jeune : surtout des bouleaux, peupliers, quelques érables fins, une canopée encore légère qui filtrera davantage au fil des années. Au centre du terrain, une bande claire traverse la pente : un ancien chemin entièrement dégagé, où le sol forme un court plateau avant de replonger. Plutôt que de l’effacer, le projet s’en sert comme point d’appui : une ligne déjà inscrite, une permission donnée par le site, qui offre un repère simple pour implanter sans brutalité.
S’étirer
La pente est sans compromis. Un volume compact appelle rapidement murs de soutènement, plateformes, et une maison “posée” contre le relief. Très tôt, l’équipe privilégie une autre logique : faire du bâtiment une présence fine, longitudinale, qui glisse dans le site. La maison se développe donc en longueur — environ 85 pieds — pour accueillir le programme tout en limitant l’épaississement du bâti et l’ampleur des terrassements.
Cette décision met immédiatement en évidence l’élément qui, souvent, défait la finesse d’un plan long : le garage. Dans les résidences de grande superficie, il devient fréquemment un bloc dominant, qui élargit l’implantation et imprime son langage à la façade. Ici, il est absorbé dans la logique linéaire : un garage traversant, étroit, avec une porte à chaque extrémité. Le mouvement reste simple, le volume demeure mince, le faîte bas. Les portes affleurantes, dans le même plan que le revêtement, réduisent la lecture “garage” au minimum : une ligne, presque rien.
L’élan
La maison se construit ensuite autour d’une image directement liée au lieu. En contrebas, le parc équestre installe une idée de progression par bonds : trajectoires, sauts, rythmes. Steeplechase devient une manière de penser l’architecture comme séquence plutôt que comme geste unique. De là naît une composition en trois volumes à pignon, projetés vers le paysage, séparés par des toitures plates et des vides. Plein, respiration, plein : la masse se fragmente, s’horizontalise, gagne en retenue du côté de la rue et en intensité du côté de la vallée.
Depuis l’espace public, la maison se dévoile sans démonstration : on perçoit surtout une silhouette contenue, un ensemble morcelé, à l’échelle du boisé. Depuis le parc, les trois pignons deviennent des belvédères successifs, posés dans l’air, à la limite des arbres. La forme n’est pas décorative : elle découle du site et d’une idée tenue jusqu’au détail.
Une coupe lisible, une matière accordée
La tectonique renforce le récit d’un ancrage net et d’une projection assumée. Au rez-de-jardin, la fondation demeure apparente : un socle de béton qui retient la pente et assume sa fonction. Au-dessus, une ceinture d’acier souligne l’épaisseur structurelle et trace une ligne continue entre la base minérale et les volumes en bois. Cette ligne métallique accentue les porte-à-faux et amplifie la sensation de flottement, sans surcharge.
La matérialité suit la même logique, en strates claires. Le cèdre rouge enveloppe l’ensemble, traité avec un accélérateur de vieillissement pour stabiliser la patine et éviter les contrastes trop marqués entre zones protégées et exposées. La toiture métallique à joints debout, fini zinc brossé, découpe les pignons avec une lumière plus froide et précise. Au centre, une cheminée en brique d’argile couleur charbon densifie la composition : un point de stabilité au milieu des volumes projetés. Les métaux demeurent filigranes — garde-corps et détails — afin de laisser passer le regard et l’air, sans épaissir la limite entre dedans et dehors.
Habiter la longueur
Côté parc, la façade s’ouvre largement. Les vitrages pleine hauteur, avec des retours aux angles, donnent aux pignons une qualité de belvédère : on sent la projection autant qu’on la voit. L’été, la forêt feuillue filtre et obstrue partiellement la vue ; l’hiver, la canopée s’efface et la vallée s’ouvre. Cette alternance saisonnière nourrit le projet : il offre deux manières d’habiter la relation au paysage, à la fois proche et lointaine.
À l’intérieur, la longueur — souvent synonyme de corridors — devient une expérience. La circulation prend la forme d’une coursive habitée, généreuse, fenestrée, où l’on traverse la maison comme on traverse une lisière. Le programme s’organise dans cette séquence : quatre chambres, deux bureaux (un par étage), deux salons — l’un plus boudoir, l’autre plus cinéma — et, au cœur, les espaces de vie orientés vers le paysage. La palette intérieure demeure sobre et chaleureuse : bois clair, surfaces continues, détails intégrés, laissant la lumière et la vue structurer la perception.
Deux dehors, deux attitudes
Au rez-de-jardin, spa et piscine prennent place dans une zone plus abritée, là où la topographie et le végétal enveloppent. C’est l’extérieur de l’intimité : proche du sol, des plantations, des enrochements. À l’étage, un belvédère s’avance au-dessus de la pente : espace plus social, plus ouvert, où l’on vient chercher la vue lorsque l’été densifie la forêt. Le paysagement, conçu en interne, prolonge ces intentions sans surdessiner : paliers, plantations et interventions minérales renforcent la lecture du socle et la sensation de projection.
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Fiche technique
ArchitecteMatière Première Architecture
Entrepreneurnu drom
PhotographeIan Balmorel
LieuBromont, Québec
Année2024
Superficie528 m²
À propos
Matière Première Architecture est un atelier d’architecture établi à Magog, dans les Cantons-de-l’Est, fondé par Etienne Chaussé, Marc-Antoine Chrétien et Dominic Chaussé. Matière Première Architecture a été fondée en 2020 pour distinguer le travail de conception de sa réalisation : concevoir des lieux qui répondent avec justesse aux usages, en cherchant la simplicité, la durée et la beauté des matériaux bruts. Depuis 2016, ses associés travaillent en dialogue constant avec nu drom, compagnie sœur de conception-construction, avec qui ils partagent une culture du chantier, du détail et de la mise en œuvre.
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